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 ft Owen ɤ I'm so afraid

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Sam 2 Avr - 14:09

I'M SO AFRAID
Trois minutes. Il fallait attendre trois putains de longues minutes. Comment pouvait-on attendre aussi longtemps quand trois foutus bâtonnets arrosés d'urine et déterminant pour votre santé mentale séchaient tranquillement sur le bord de l'évier de la salle de bain. Dans quel pétrin je me suis encore fourrée, bordel ?

L'espace de deux jours, j'avais oublié ma vie et la vérité derrière notre mensonge. J'avais été l'heureuse épouse d'Owen O'Ceallaigh et j'avais été la femme la plus comblée du monde sous les petites attentions de son mari. J'aurais presque pu croire en un vrai mariage d'amour, juste pour deux jours. Revenir à la réalité avait été aussi douloureux que de se prendre un mur à pleine vitesse, mais ça avait été l'obligation après cette bulle dans le temps et dans le luxe. J'avais accepté de chuté aussi violemment que j'étais montée dans les nuages. Cela faisait partie du problème.

Sauf qu'en redescendant, j'avais réalisé l'erreur fatale. Il avait été clairvoyant au début, connaisseur de mes inquiétudes permanentes et avait prévu des préservatifs pour notre « week-end en amoureux », sauf qu'à un moment, juste avant de partir, il m'avait chauffé une dernière fois et j'avais répondu plus vite que prévu. Bien trop vite pour réfléchir moi-même aux conséquences et pour le forcer à ne pas oublier de mettre un préservatif. Le sentir en moi sans aucune barrière avait été délicieux et ça n'avait été que bien plus tard, dans la voiture, que j'avais pleinement réalisé... Nous avions fait l'amour sans protection. Il avait déposé sa semence dans mon corps, parce que j'avais oublié de lui dire de nous en protéger.

J'avais guetté les semaines suivantes avec appréhension. Bien sûr, j'avais foncé à la pharmacie la plus proche le jour même, demandant une pilule du lendemain et priant tous les saints. Mais celle-ci n'était efficace qu'à soixante-treize pour cent. Je connaissais assez le sujet pour savoir que j'avais un risque trop important de tomber enceinte. J'avais donc fait attention, guetté les semaines suivantes, compté les jours, attendu le jour fatidique où je devais avoir mes règles et paniqué... Hier était le jour où j'étais censé débuter mes menstruations... elles n'étaient pas venues...

Avant de passer pour une folle, mettant ce léger retard horaire sur le compte de l'appréhension, j'avais attendu jusqu'à aujourd'hui, juste pour être certaine, mais j'étais réglée depuis des années comme du papier à musique. Si je n'avais pas mes règles aujourd'hui, cela n'était vraiment pas bon signe. Alors j'avais de nouveau foncé dans la pharmacie la plus proche et acheté trois tests. Un pour avoir une réponse, le second pour confirmer et le troisième pour avoir une assurance supplémentaire si jamais les deux premiers donnaient un résultat différent. Et j'étais là, après avoir avalé deux litres de thé glacé dont les bouteilles devaient traîner sur le comptoir de la cuisine, assise à même le sol, les genoux repliés, le front posé dessus, attendant que les résultats en cours de traitement s'affichent.

Et si je suis enceinte ? Non. Non, je ne voulais pas y penser, je ne voulais pas y croire. Je ne pouvais pas être enceinte, non, c'était impossible. Je ne pouvais pas être enceinte. Je n'avais pas le droit de l'être, je n'étais pas en mesure de le supporter. Et Owen ? Dieu, Owen ne me le pardonnerait jamais. Owen me le ferait regretter comme ma vie entière si j'étais enceinte de lui. Il ne voulait pas d'enfant et il n'en voudrait clairement jamais avec moi, même s'il en voulait un jour. Je ne pouvais pas être enceinte, je n'avais pas le droit, pas le choix. Je n'étais pas enceinte. Point. Mais et si les tests affichent deux barres ? Alors je mourrais... Je n'avais pas d'autre solution. Si je devais à nouveau être enceinte, je mettrais fin à mes jours...

La sonnerie de mon portable annonçant la fin de l'horrible délais de temps d'attente. La main tremblante, empressée et peu encline à voir immédiatement le résultat, j'attrapais le premier bâtonnet. Le résultat envoya directement une impulsion violente à mon cœur qui s'emballa. Le posant sur le sol, je pris le second, l'observant, sentant la piqûre plus forte encore à mon cœur et les larmes monter à mes yeux. En prenant le troisième et en y voyant le résultat, je lâchais tout, m'effondrant complètement – heureusement que j'étais déjà assise par-terre. Serrant fortement mes jambes contre ma poitrine et enfouissant mon visage entre mes genoux, le cœur battant, j'éclatais en sanglots.


(c) AMIANTE
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Sam 2 Avr - 14:11

I'm so afraid
Olivia & Owen
La vie avait repris son cours depuis notre week-end passé loin de la maison pour son anniversaire. Un week-end qui s’était déroulé à la perfection soit dit en passant. Un week-end loin du boulot et loin de sa famille omniprésente. Ces deux jours passés loin de tout m’avaient fait un bien fou et je dois dire que j’en avais bien profité. On en avait bien profité tous les deux. Parce que si j’avais pris mon pied, elle aussi. Elle ne pourrait jamais le nier. Au moins, j’étais certain d’avoir marqué le coup pour son anniversaire. J’étais plutôt fier de moi. Et puis, la vie avant repris son cours à notre retour. Mon téléphone n’avait plus arrêté de sonner dès que je l’avais rallumé. Le boulot était toujours très envahissant et on avait repris notre train-train quotidien. Evidemment, les membres de sa famille ont défilé à la maison peu de temps après notre retour parce que tous voulaient savoir comment ça s’était passé. On aurait limite pu faire une conférence de presse pour que tout le monde soit au courant en même temps, parce que là, devoir se répéter inlassablement était usant. Enfin, pas pour moi parce que c’était le plus souvent Olivia qui leur racontait. Bien sûr, elle omettait de nombreux détails, comme tous les moments qu’on avait pu passer ensemble dans ce grand lit. Inutile de parler de nos ébats.

Ce matin, j’avais eu un rendez-vous avec un futur potentiel client. Et j’étais bien content de rentrer parce que ça avait duré des heures, pour rien. Ce mec était un indécis et j’avais passé un nombre incalculable de minutes à le brosser dans le sens du poil. Les hésitants sont extrêmement agaçants et je n’ai qu’une envie c’est de les secouer. Le pire, c’est qu’il ne m’avait pas donné sa réponse quand je suis parti. Il était censé me recontacter prochainement. Je déteste les gens qui se payent ma tête comme ça. Je déteste qu’on me fasse tourner en bourrique et je déteste par-dessus tout qu’on me fasse languir comme ça. S’il accepte, je refuserai, juste parce qu’il a osé me faire attendre. Quand je signe des contrats, c’est le jour même, pas des semaines après. Ce crétin ne sait pas ce qu’il perd. Bref, en rentrant à la maison, j’avais balancé ma mallette sur le canapé et costume oblige, j’avais desserré le nœud de ma cravate pour me diriger vers la cuisine. Je fus d’ailleurs surpris de découvrir un monticule de bouteilles vides sur le plan de travail. Merde, elle ne sait donc pas jeter ses déchets ? Je soupirais en claquant ma langue contre mon palais, agacé par ce désordre. Mais je ne les jetais pas pour autant. C’est son problème, elle rangera. Je me servais juste un verre d’eau en ruminant dans mon coin.

Mais j’avais besoin de me détendre. Je n’avais pas énormément de solutions pour ça. J’avais le choix entre m’envoyer en l’air ou prendre une douche. Dans l’immédiat, seule la seconde option me paraissait réalisable parce qu’à première vue, j’étais seul. Posant mon verre vide dans l’évier, je quittais la cuisine pour monter les escaliers et me diriger vers la salle de bain en retirant ma cravate. En ouvrant la porte, je fus surpris de tomber sur Olivia, recroquevillée dans un coin. Ben merde alors, qu’est-ce qu’elle fout là ? « Ben… Qu’est-ce que tu fais ? ça va ? » Est-ce qu’elle est en train de pleurer ? La main sur la poignée de la porte, je mis un petit temps à réaliser qu’il y avait des tests de grossesse autour d’elle. Une vague d’angoisse m’envahit alors. Putain de merde ! « Olivia ? » Je refermais la porte derrière moi pour m’agenouiller devant elle et poser une main sur son genou. Elle n’est quand même pas enceinte hein ? Non. Impossible. Je refuse d’être père, mon dieu… pas moi. Pas maintenant. Jamais même. J’attrapais l’un des tests pour regarder le résultat, mais comme je n’y connaissais rien, je ne savais pas ce que ça voulait dire. Elle ne peut pas être enceinte bordel ! Et pourquoi elle en a fait trois ? Un n’était pas suffisant ? « C'est quoi tout ça ? » J’étais dans l’attente d’une réponse, le temps venait de s’arrêter, tout comme ma respiration. Elle ne peut pas me dire qu’elle est enceinte… Elle ne peut pas me faire ça.

crackle bones
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Sam 2 Avr - 14:13

I'M SO AFRAID
Comment j'avais pu en arriver là. Cet homme allait finir par me rendre folle. Il m'avait déjà rendu folle au point que j'avais couché avec lui, plusieurs fois... Au point que j'en étais arrivée à faire attention à moi, à ma manière de m'habiller, de me présenter le matin, juste pour lui offrir au réveil la douce torture d'une assistante peu vêtue et désirable... juste pour le plaisir de voir son regard s'enflammer à la simple vue de mes jambes nues. J'avais cessé ce jeu-là depuis longtemps. J'avais cessé de m'intéresser à ce qu'un homme pouvait penser de moi, de mon physique et de mon esprit, dès qu'il n'était plus question de séduction professionnelle... Et puis Owen avait décidé d'acheter une maison pour que nous puissions nous éloigner de mes parents et j'avais dérapé et désiré être désirable pour le pousser à bout... et c'était lui qui avait gagné, m'offrant un week-end de rêve et de nombreuses parties de jambes en l'air qui m'émoustillaient encore rien qu'à leur souvenir... Et je me retrouvais là, maintenant, recroquevillée sur le carrelage froid, à pleurer tout le stress d'une peur viscéral dont il n'avait même pas conscience.

Sa voix raisonna soudain à mes oreilles, m'informant qu'il était sur le pas de la porte, alors qu'il me demandait ce que je faisais là. Je me figeais, surprise et inquiète qu'il ne me voit dans cet état, refusant de lui offrir ce spectacle, cette vérité là. Il m'appela et j'entendis distinctement le son de la porte se fermant alors qu'il se mettait devant moi, à ma hauteur. Merde... Il avait forcément vu les tests, fait un lien et la manique devait déjà s'emparer de lui. Il me demanda ce que c'était et je n'eus pas besoin de lever la tête pour savoir de quoi il parlait. Je relevais des yeux embués de larmes, fixant mon regard dans le sien, lisant sans mal sur son visage la peur soudaine d'une chose qu'il n'avait absolument pas prévu.

Son regard de peur fit enfler la colère en moi, de manière incontrôlable et injustifiée, mais c'était tout ce que je connaissais pour me défendre de ça. Être en colère et maudire le monde entier. Alors, le regard brûlant, je repoussais sa main, ravalant difficilement mes larmes, m'interdisant de pleurer plus en sa présence et attrapait les tests pour les jeter rageusement dans la poubelle à proximité. « Rien », dis-je froidement, maudissant ma voix tremblante et les larmes qui reprirent de plus belle leur cheminement le long de mes jours. « Rien qui… Rien qui ne t'intéresse. Rien dont tu n'ais à… à t'inquiéter. » Maudits pleurs, rageais-je intérieurement alors que je me redressais, me mettant sur mes pieds, avant de le contourner pour prendre la porte. « Je… Je me protège », assurais-je, même si la protection avait été dérisoire et peu sûre. « Je devais… Je devais juste être sûre… »

Serrant la poignée alors que j'avais ouvert la porte, refusant de me retourner vers lui et de le regarder maintenant, j'inspirais longuement, avant de souffler. « Ne t'inquiètes dont pas, je te l'ai déjà dit… » Dieu, heureuse que j'étais d'avoir réussi à prononcer toute une phrase sans bafouiller, sans que les larmes, coulant toujours abondamment sur mes joues, ne ruinent mon effet. « … Une fois le divorce prononcé, ni moi, ni personne dans ma vie ne sera un problème pour toi… » Et je partis, presque trop rapidement, pour ne pas avoir à l'affronter plus, claquant la porte de ma chambre avant de m'écrouler sur mon lit, me positionnant en chien de fusil pour continuer de déverser toutes mes craintes, ma colère et mes peurs dans ce flot de sanglots incontrôlables qui secouaient tout mon corps. Le nez plongé dans mon oreiller, les yeux obstinément clos à toute vérité et à tout ce qui formait cet univers, je laissais juste la vague m'emporter et me bourlinguer d'un côté de l'autre sans rien pouvoir faire d'autre que de prier pour que je ne me désolidarise pas sous le flot de chocs.


(c) AMIANTE
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Sam 2 Avr - 14:16

I'm so afraid
Olivia & Owen
J’espérais sincèrement qu’elle ne soit pas enceinte. Elle ne pouvait pas me faire ça. De toute manière, c’était impossible, on s’était protégés à chaque fois. Alors à part un petit craquage de préservatif dont je ne me serais pas rendu compte, je ne vois pas comment c’est possible. Alors pourquoi faire des tests ? Elle a du retard ? Ça arrive à toutes les femmes ça non ? Mais ça ne prouve rien. Enfin, je n’y connais pas grand-chose mais ça ne doit pas être alarmant, je suppose. A moins que je ne sois pas responsable  et qu’elle soit allée voir ailleurs il y a quelque temps… Mais ça n’a pas de sens. Pourquoi elle serait partie s’envoyer en l’air avec un autre mec alors qu’on avait passé notre week-end à ça il y a à peine un mois ? Bon, un mois c’est long, certes. Mais je croyais qu’elle savait parfaitement s’abstenir ? Contrairement à moi…

Mais qu’est-ce qui la mettait dans cet état ? Le résultat était-il positif ou négatif ? S’il est négatif tant mieux, s’il est positif, elle n’aura qu’à se faire avorter. Pas de quoi se mettre dans un état pareil… Je ne comprends rien. Bon certes, je n’étais pas tranquille, mais il y avait toujours une solution. A moins que ce soit parce que le test est négatif qu’elle se met dans un état pareil ? Peut-être qu’elle veut un enfant justement ? Ah non hein ! Mais ça n’a pas de sens non plus. Je sais à quel point elle est obnubilée par la protection lors des rapports. Elle en devient même obsessionnelle… Si elle voulait réellement un enfant, elle n’insisterait pas autant là-dessus quitte à tout stopper en plein acte. Elle me l’avait dit la première fois qu’on avait couché ensemble qu’elle n’avait pas peur des potentielles maladies mais plutôt d’avoir un bébé… Alors c’est quoi son problème ?

Elle releva son regard humide vers moi mais ses émotions laissèrent rapidement place à la colère, sans que je ne comprenne pourquoi. Elle repoussa violemment ma main et je fronçais les sourcils sous l’incompréhension de son geste. Qu’est-ce qu’il lui prend ? Elle ramassa rapidement tous ses tests pour les jeter dans la poubelle avant de répondre froidement mais tremblante que ce n’était rien. Elle était tellement submergée par ses émotions qu’elle bafouilla et hésita sur ses mots. Rien que je n’aie à m’inquiéter ? Elle n’est pas enceinte donc ? Elle se releva et j’en fis de même alors qu’elle affirma se protéger et qu’elle devait juste en être sûre. Bon sang… Mais pourquoi se mettre dans un état pareil ? Elle me contourna sans que je ne puisse dire quelque chose – bien que rien ne me venait dans l’immédiat – pour ouvrir la porte. Elle m’intima de ne pas m’inquiéter parce qu’elle m’avait déjà dit qu’une fois le divorce prononcé, ni elle, ni personne de sa vie ne sera un problème pour moi et elle quitta la pièce précipitamment, me laissant seul comme un con. Je ne comprenais absolument pas ce qu’il venait de se passer. C’est quoi son problème ? Et bordel, pourquoi est-ce qu’elle se met dans un état pareil ?

Je restais quelques instants debout dans la salle de bain pour analyser la situation et essayer de la comprendre. Elle pleure toutes les larmes de son corps pour au final me dire qu’elle n’est pas enceinte. Pourquoi se mettre dans un état pareil ? Elle devrait être contente non ? Alors où est le problème ? J’ai comme l’impression qu’il y a quelque chose de bien plus compliqué là-dessous et je refuse de la laisser s’effondrer sans rien faire. Je quittais la salle de bain à mon tour avant de me diriger dans sa chambre, entrant sans frapper à la porte. Je suis chez moi après tout. Je le trouvais alors recroquevillée sur son lit, en larmes. Et encore, c’était un bel euphémisme en constatant l’état dans lequel elle se trouvait. Elle me faisait de la peine, réellement. Hésitant un instant, je décidais de m’approcher quand même pour venir m’asseoir à côté d’elle, sur son lit. « Olivia, qu’est-ce qu’il se passe ? » Sa réaction n’était pas normale, assurément. « Tu peux me parler tu sais, si tu as un problème ou quoi que ce soit. » Je me rapprochais un peu et posais une main sur son épaule. « Ne reste pas comme ça. Et si tu as besoin sache que je suis là. Il n’est pas question que je te laisse toute seule dans cet état. Même si tu refuses de parler, je resterais là jusqu’à ce que tu te calmes. »

crackle bones
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Sam 2 Avr - 14:17

I'M SO AFRAID
Croire qu'Owen allait me laisser tranquille était un doux rêve, bien évidemment. Il ne me laissait jamais. Jamais quand j'en avais besoin. Alors, quand la porte de ma chambre s'ouvrit, je savais qu'il n'avait pas l'intention de lâcher l'affaire, qu'il allait me forcer à parler et d'une certaine manière, c'était peut-être le moment... Ce qu'il se passait entre nous était étrange. Étrange et pleins de sentiments que je ne voulais pas ressentir. Je voulais juste les sentiments repoussants, ceux qui me faisaient encore me dire que le divorce était la meilleure chose qui puisse m'arriver, la libération promise après le sacrifice pour le bien de ma carrière... sauf que je n'en étais plus là. Depuis plusieurs semaines maintenant, j'en venais à compter les jours en les trouvant trop courts, quand bien même il restait encore plusieurs mois. Alors, peut-être que c'était le bon moment. Lui envoyer en plein visage le monstre que j'étais pour couper court à tout sentiment d'amitié. Qu'il me déteste et ne veuille plus m'approcher et point.

Pourtant, lorsqu'il vint doucement s'asseoir à côté de moi, je n'eus pas la force de parler, juste celle de pleurer un peu plus. Il me demanda ce qu'il se passait, m'assurant que je pouvais lui parler si j'avais un problème. Sa main se posant sur mon épaule fut comme un électrochoc et il me demanda de ne pas rester comme ça, m'assurant qu'il était là, qu'il n'était pas question qu'il me laisse dans cet état, toute seule. Il promit que même si je ne lui parlais pas, il resterait jusqu'à ce que je me calme. Je me jetais alors à demi dans ses bras, rampant plutôt jusqu'à serpenter mes mains autour de sa taille, enfouissant mon visage contre son ventre sans parvenir à calmer mes sanglots. Je restais un instant là, muette face à toutes les émotions qui me dévastaient littéralement. La peur, le soulagement, la peine, la colère... J'avais l'impression d'être retourné en arrière, d'être revenu au jour où j'avais pris cette maudite décision. J'avais l'impression que les dix années écoulées depuis ne m'avaient pas permis de progresser et que j'en étais toujours au même point. Une épave, seule et abandonnée.

« Je suis... Je suis... »

Maudite voix qui me faisait défaut. Serrant un peu plus son bassin entre mes bras, je me permis encore un peu de lâcher des choses, avant de parvenir à me calmer. Une fois un peu apaisé, je me redressais, attrapant un oreiller pour le serrer contre moi, dos contre le dossier du lit. Je ramenais mes jambes contre moi, maintenant l'oreiller entre. « Je peux pas. Je ne peux pas te le dire », soufflais-je les yeux fixés sur ma couverture, les larmes baignant encore mes joues abondamment, la voix tremblante. « Je ne suis... je suis ton assistante... » Oui. Oui, voilà. Il fallait que je joue là-dessus. Que je remette les barrières entre nous. Que je le garde loin et que je lui rappelle pourquoi je devais le faire. Pas parce que je le voulais, mais parce que dans notre relation initiale, je ne pouvais pas me permettre de lui faire totalement confiance. Peu importe ce que nous vivions depuis que nous avions débuté cette mascarade. « Je ne peux pas me permettre de te donner ça. Pas dans ce métier. Pas avec ce que je suis pour toi. Je ne peux pas te donner une arme supplémentaire contre moi. Tu en as déjà trop... Je ne peux pas prendre ce risque... »

Je le regardais droit dans les yeux, tant pis ce que mon regard trahissait, pour bien lui faire comprendre que j'avais l'intention de faire machine arrière, de redevenir la secrétaire parfaite et sans âme qu'il connaissait avant ce mariage, pour redevenir cette fille que rien ne pouvait atteindre et qui pouvait lui survivre. Ça devait être lamentable, avec mes yeux larmoyants et les stries d'eau salée sur mes joues, ma lèvre tremblante et mon nez probablement rouge d'avoir tant pleuré, mais qu'importe. Il devait comprendre le message. Se mettre à me détester à nouveau et à juste vouloir me diriger et me contrôler. On devait redevenir ce qu'on était avant. Cet accident en était la preuve. Je ne pouvais pas me permettre d'être proche d'un homme. Je n'avais pas le droit de tomber sous le charme de qui que ce soit...


(c) AMIANTE
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Sam 2 Avr - 14:18

I'm so afraid
Olivia & Owen
Il était bien rare que je la vois dans cet état, aussi démunie, aussi vulnérable, aussi fragile. Ce n’était pas la Olivia que je connaissais, celle que j’avais l’habitude de côtoyer chaque jour. Cela prouvait bien que derrière sa carapace de femme forte et multitâche se cachait un être humain avec des secrets et des craintes. Comme chacun de nous. C’est typique de l’être humain de se cacher derrière un masque pour cacher ses faiblesses aux yeux du monde. Je suis le premier à le faire. Mais voir Olivia comme ça me faisait réellement de la peine. La seule fois où je l’avais vue dans un tel état, c’était le soir de la Saint-Valentin. Cette date qui n’a absolument aucune importance pour moi, un jour comme un autre. Ce n’était pas son cas. Visiblement, elle accordait une grande importance à cette date. Mais cela n’avait rien de joyeux, bien au contraire. Cette nuit-là, elle m’avait dévoilé une partie de sa vie que je ne soupçonnais pas. Elle s’était montrée humaine et vulnérable, un peu comme aujourd’hui ? Sans doute. Vraisemblablement, elle avait d’autres choses sur la conscience qui la pesaient…

Mes réflexes de grand frère et d’aîné de la famille refirent surface alors que je m’approchai d’elle pour m’asseoir sur son lit et poser une main sur son épaule. Je ne suis pas l’homme le plus gentil ou le plus sympathique du monde, j'en ai conscience, dans mon métier, je suis même un véritable requin, prêt à tout pour éliminer la concurrence, mais au-delà de ça, je n’ai jamais aimé voir les gens pleurer. Les femmes en particulier, surtout celles qui me sont proches. Je connaissais Olivia depuis des années et de manière bien plus intime depuis notre mariage arrangé, alors forcément qu’elle m’était proche et que je m’inquiétais lorsqu’elle n’allait pas bien. Je ne suis pas qu’un monstre. J’ai un cœur moi aussi, même si je refuserais toujours de l’admettre ouvertement. Sa peine me touchait, réellement. Après tout ce qu’on avait vécu ensemble, ça ne pouvait que m’affecter. Et même si elle ne voulait pas parler, même si elle décidait de me repousser, je resterai dans sa chambre jusqu’à ce qu’elle se calme. Je peux même rester assis par terre près de la porte si ma présence la gêne ou la dérange mais je ne quitterai pas cette pièce tant qu’elle continuera de pleurer et se morfondre.

Mais je n’eus pas à me déplacer. Elle ne me repoussa pas, bien au contraire. Elle se jeta dans mes bras, enfin disons plutôt qu’elle s’agrippa à ma taille en restant allongée sur son lit, et enfouit son visage contre mon ventre. Je posais alors une main sur son épaule tandis que l’autre caressa ses cheveux doucement pour tenter de la réconforter, de la rassurer ou juste faire acte de présence. Les gestes sont parfois bien plus parlants que les mots. Elle bafouilla quelques mots d’une voix tremblante mais ne parvint pas à faire une phrase cohérente, au lieu de ça, elle resserra son étreinte autour de ma taille. Il était inutile qu’elle se brusque, si elle voulait parler, j’étais prêt à attendre qu’elle se calme pour le faire. On avait tout le temps, inutile de se presser. Après quelque temps, elle sembla un peu plus apte à communiquer et elle se redressa pour attraper un oreiller qu’elle serra contre elle et se cala contre le dossier du lit. Je pensais qu’elle était décidée à me dire ce qui n’allait pas mais non. Elle affirma qu’elle ne pouvait pas parce qu’elle n’était que mon assistante… Je haussais un sourcil face à cette excuse complètement bidon et obsolète. Elle ajouta qu’elle ne pouvait pas se permettre de me donner ça, pas dans notre profession, pas avec son statut. Pour reprendre ses mots, elle ne voulait pas me donner une arme supplémentaire contre elle parce que j’en avais déjà trop… Seigneur… Comment peut-elle encore penser de cette façon après tout ce qu’il s’est passé entre nous ? Comment peut-elle régresser à ce point en si peu de temps ? Elle posa son regard sur moi mais qu’importe. Je n’allais pas en rester là. Si elle voulait que je parte, c’était hors de question. Si elle voulait reprendre ses distances avec moi, c’était bien trop tard.

Je m’approchais un peu plus d’elle pour m’asseoir juste à côté d’elle contre le dossier du lit, laissant mes jambes tendues devant moi sur la couette. Je laissais tomber mes mains vaguement sur mes cuisses, les regardant quelques secondes en soupirant. « Je pensais qu’on avait dépassé ce stade depuis longtemps, Olivia. » Je relevais la tête pour la regarder. « Je ne suis plus juste ton patron. Tout un tas de choses certainement, mais tu n’es plus que mon assistante. On a tous nos secrets, nos craintes, je le comprends parfaitement et si tu ne veux pas me parler de ce qui te ronge et te blesse actuellement, je ne t’en voudrais pas. Si tu me considères uniquement comme ton patron alors soit, je ne peux rien y faire. Mais ce n’est pas ce que je pense. De mon point de vue, tu es bien plus que ça pour moi. » Elle se rapprochait plus d’une amie avec bonus que d’une simple assistante. Ce n’est pas à des gens avec qui je travaille que je dévoilerais la véritable raison de mon départ de mon pays, le secret qui me ronge depuis mon arrivée aux Etats-Unis. Or, je lui en ai parlé. Alors non, je ne suis pas d’accord pour la considérer uniquement comme une assistante. Elle est bien plus que ça...

Je secouais légèrement la tête en haussant un sourcil. « Et je ne vois pas pourquoi tu parles d’arme à utiliser contre toi. Je n’en ai pas et je ne vois pas pourquoi je te mettrais des bâtons dans les roues. Pour quoi faire ? Jamais je ne te descendrais. Je ne suis pas un monstre et je n’ai aucune raison de te faire du tort. Olivia franchement… » Je fronçais les sourcils. C’était limite blessant qu’elle pense ça de moi. Pas après tout ce temps passé sous le même toit. Est-ce qu’elle me voit toujours comme le patron imbuvable que j’étais à New York ? Celui qui n’avait aucune pitié pour personne ? Ça ne me viendrait jamais à l’esprit de l’enfoncer aux yeux du monde… « Je ne suis pas aussi monstrueux que tu sembles le penser… Est-ce que je t’ai déjà fait du tort volontairement ? » Je n’en ai pas le souvenir en tout cas…

crackle bones
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Lun 4 Avr - 19:22

I'M SO AFRAID
Il n'avait pas l'intention de me laisser m'éloigner. Qu'importe combien je pouvais le blesser avec mes mots et mes accusations, il n'allait pas me laisser faire. Je le sentais dans la façon dont il me maintenait contre lui, essayant d'être apaisant et présent. Je pouvais dire les pires des horreurs, il n'allait pas claquer la porte et me laisser seule avec mes peurs et mes cicatrices. Et j'avais envie de l'en remercier autant que de le haïr. Parce qu'il n'avait pas le droit. Il n'avait pas le droit d'être plus que mon patron, plus que mon connard de mari par intérêt. Il n'avait pas le droit d'être un ami, un amant, d'être plus. Il n'avait pas le droit de prendre une autre place dans la vie et il n'avait certainement pas le droit de prendre une place dans mon cœur.

Pourtant, à peine avais-je lancé l'accusation que j'en accusais moi-même le coup sans doute autant que lui. Bien sûr qu'il n'utiliserait jamais cela contre moi. Il pouvait être manipulateur et infâme et sans cœur, mais je connaissais Owen mieux que cela. Je savais qu'il y avait un cœur sous l'apparence froide et je savais que CA, cette information là, précisément, n'entrerait jamais dans le cadre des armes qu'il utiliserait sciemment contre quelqu'un. Pas même contre son pire ennemi. Il n'était pas si insensible que ça et il pouvait comprendre combien j'étais détruite par mon passé. Si je lui expliquais, il comprendrait. Il n'accepterait pas, ne pardonnerait peut-être jamais l'horreur de mon acte, mais il comprendrait pourquoi une simple crainte pouvait me mettre dans tous mes états et combien le sujet était trop critique pour s'en servir comme d'une arme pour me manipuler.

S'installant sur le lit pour me montrer clairement qu'il ne partirait pas, il argumenta sa pensée sur le fait que nous avions dépassé ce stade depuis longtemps. Que nous n'étions plus juste deux professionnels en affaires communes, que j'étais bien plus que cela. Il assura ensuite qu'il n'avait aucune arme contre moi, que de toute manière, il n'avait pas l'intention de me briser ou de me mettre des bâtons dans les roues, qu'il n'était pas un monstre. Il me demanda même si je pensais réellement qu'il m'avait déjà fait du tort volontairement. Je me mordis la lèvre, me redressant pour le regarder. Mes yeux me brûlaient, j'avais l'impression qu'ils avaient triplé de volume depuis tout à l'heure. J'avais mal. Aux yeux et au crâne. Je baissais les yeux, entourant mes bras autour de mon corps pour essayer de me réchauffer, de trouver un peu de protection, de réconfort... Pour ne pas exploser en mille morceaux... « Je suis désolée... », soufflais-je après un temps, baissant les yeux pour fuir son regard. « Je suis désolée, je... C'est moi qui suis blessante. C'est moi qui ne te fais pas confiance quand tu m'as prouvé que toi tu me faisais confiance pour tes secrets les plus personnels... Je... Je suis désolée... »

Ne tenant pas vraiment en place, cherchant à fuir son regard autant que de me donner une contenance, je bougeais pour me placer à côté de lui, assise en appuie contre la tête de lit, attrapant un oreiller pour le presser contre mon maudit ventre et repliant mes jambes, mes pieds sous mes fesses, essayant vainement de rester contenue en moi-même. « Tu te souviens quand je t'ai parlé de Dimitri ? », demandais-je sans vraiment attendre de réponse, sans même le regarder pour voir s'il répondait, les yeux obstinément vissés sur mes genoux. « Je n'ai pas... Je ne t'ai pas tout dit. Il ne m'a pas demandé en mariage parce qu'il pensait le vouloir. Il a toujours su qu'il ne voulait pas m'épouser, qu'il ne voulait pas s'engager comme ça... Seulement voilà, sa famille avait de grands principes. Des principes du genre ''On n'abandonne pas la femme que l'on a mise enceinte''... » Je ravalais difficilement un sanglot, serrant l'oreiller si fort que je m'en faisais mal aux doigts, mes muscles endoloris.

Croire que cela suffirait à ravaler mes larmes était utopique et je fondis de nouveau en sanglots douloureux en une seconde, incapable de parler, de respirer, même, ma tête tournant furieusement alors que je cherchais désespérément l'air entre mes larmes. « Je l'ai tué... », lâchais-je finalement, le corps secoué, les yeux clos pour ne pas voir son regard à mon aveux. « Je me suis retrouvée toute seule... Il est parti et j'ai dû dire à tout le monde que le mariage n'aurait pas lieu et je me suis retrouvée toute seule dans notre minuscule appartement, avec mon misérable salaire qui ne me permettait même pas de garder ce toit sur ma tête et mon ventre qui commençait à se voir et... et... J'aurais jamais pu aller jusqu'au bout toute seule. J'avais rien et tout ce que j'avais me rappelait combien j'étais seule et abandonnée et sans espoir et... et... J'étais désespérée, je ne savais pas quoi faire, alors j'ai tout arrêté. J'ai rendu l'appartement, j'ai pris une chambre encore plus minable dans un quartier sordide et j'ai vendu toutes nos affaires, j'ai coupé les ponts avec tout le monde et j'ai... J'ai fait enlever ce qui grandissait en moi... Je... Je l'ai tué... Je suis un monstre, Owen, je suis un monstre... J'ai avorté », crachais-je soudainement, avant de plaquer ma main sur ma bouche, étouffant un cri entre la souffrance pure et le déchirement.

Je n'en parlais jamais. Je ne disais jamais les mots, ni dans ma tête, ni à voix haute. Le sujet était tabou à la maison, le tabou ultime. Personne ne parlais jamais de ce que j'avais fait, personne ne le nommait, parce que chaque fois, je réalisais. Nous réalisions. Chaque fois, la vérité de mon acte nous frappait en plein visage comme si nous en étions informé pour la première fois. La claque était douloureuse, lancinante, une cicatrice éternellement ouverte, bien que muette. Prononcer les mots était comme ré-enfoncer le couteau encore et encore pour blesser plus, faire saigner plus et détruire plus. Ça n'était pas lui, le monstre. C'était moi. Et j'étais en train de tomber en morceau, comme chaque fois que la vérité m'était remise devant les yeux. Alors, comme à chaque fois, je me recroquevillais sur moi-même, plongeant mon visage dans l'oreiller que je tenais, souhaitant juste disparaître alors que tout mon corps souffrait le martyre que mon esprit n'arrivait plus à contenir. Je voulais mourir. Je voulais cesser de vivre là, maintenant, pour ne plus jamais souffrir de la sorte, pour ne plus jamais avoir à me regarder dans un miroir... Pour ne jamais voir son visage plein de haine à la découverte de mon ignominie et son départ définitif de ma vie...
(c) AMIANTE
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Mer 20 Avr - 22:35

I'm so afraid
Olivia & Owen
Derrière l’apparence de robot et de bourreau de travail que pouvait être Olivia se cachait une femme fragile qui ne laissait transparaître sa vulnérabilité que dans des rares moments de faiblesse. Je l’avais déjà constaté un soir quand elle m’avait raconté un passage de son passé concernant son mariage raté. Elle avait montré à ce moment là une facette de sa personnalité si vulnérable qu’on avait envie de la serrer contre soi, de la protéger. Aujourd’hui, elle arborait ce même regard qui en disait long. Quelque chose la tracassait, quelque chose qui me dépassait sans doute. Elle en avait gros sur le cœur et je ne comptais pas la laisser toute seule dans sa tourmente. J’avais été là lors de son premier craquage, je serai là pour le second. Elle tenta de me repousser de toutes les manières possibles, en me remettant à ma place initiale de patron. Mais je n’étais pas d’accord. Elle ne pouvait plus me cantonner à ce rôle. Nous étions bien plus que cela à présent. J’en étais même limite vexé qu’elle me considère cruel au point d’utiliser des informations personnelles sur elle, contre elle. Pourquoi est-ce que je ferais ça ? Pourquoi est-ce que je lui causerais du tort volontairement ? Je n’en avais aucun intérêt.

Elle s’excusa affirmant qu’elle était la plus blessante, qu’elle ne me faisait pas confiance contrairement à moi qui lui avais confié des secrets sur ma vie personnelle. Bon à ce niveau là, je n’avais pas eu trop le choix étant donné que Maddison s’était pointée à la maison. Je ne suis pas sûr que j’aurais abordé le sujet sans élément déclencheur, mais bref. Elle changea de position pour se mettre sur le côté et caler sa tête contre la tête de lit. Je la regardais faire sans rien ajouter de plus. Ce n’était pas moi qui avais un problème, ce n’était pas à moi de parler. J’étais là pour l’écouter. Si elle avait besoin de temps pour me dévoiler ce qu’elle avait sur le cœur, j’avais tout mon temps pour l’écouter. Quand il le fallait, je savais me montrer patient. Toujours le dos appuyé contre le haut du lit, je laissais ma tête tournée dans sa direction en l’appuyant contre le mur derrière moi. Elle commença par me demander si je me souvenais de Dimitri. Je hochai la tête pour acquiescer même si je savais qu’elle ne me verrait pas puisqu’elle gardait la tête baissée. Comment l’oublier ? Il était le connard qui l’avait abandonnée devant l’autel le jour de leur mariage. Comment peut-on faire ça ? Si tu n’es pas sûr de vouloir te marier, tu ne proposes pas ou tu refuses bien avant le jour J.

Bref, je me souvenais de lui. Elle ajouta qu’elle ne m’avait pas tout dit à ce sujet parce qu’il ne l’avait pas demandée en mariage parce qu’il le voulait. Il ne voulait pas se marier. Alors pourquoi lui avoir demandé ? ça n’a pas de sens. Mais elle expliqua cela du fait que sa famille avait des principes comme de ne pas abandonner la femme qu’on avait mise enceinte. Oui, c’est sûr qu’avec un gosse en route ça change des choses. Mais quel est le rapport ? Oh… Je crois que je viens de comprendre. Olivia était enceinte ? Sérieusement ? Mais où est son enfant à l’heure actuelle ? Je ne l’ai jamais vue avec un marmot… Est-ce qu’il l’aurait pris avec lui ? Mais non, réfléchis ! Puisqu’il n’est pas venu le jour du mariage. Ah oui… Ben alors, où est-il cet enfant ? Visiblement parler de ça lui semblait difficile, elle serrait l’oreiller contre elle comme si sa vie en dépendait. Est-ce qu’elle a perdu son enfant par la suite ? Un accident ? Une maladie ? Est-ce que le père lui a pris ? La perte d’un enfant doit être difficile à vivre, j’imagine. Je n’ai pas la fibre paternelle mais quand je vois comment ma mère est avec toute ma famille et moi, je me dis que ça l’aurait tuée de perdre l’un de nous. Est-ce que c’est ce qui est arrivé à Olivia ?

Dans tous les cas, je ne voulais pas la couper dans son élan, je la laissais continuer et gardais mes questions pour moi. Sans que je ne comprenne pourquoi, elle se mit à pleurer de plus belle. Ouais ça doit être ça, elle a dû perdre son enfant durant les dernières années. Quoi d’autre ? Elle finit cependant par lâcher qu’elle l’avait tué, dans un état proche du malaise. Attends, comment ça elle l’a tué ? Dans quel sens ? Il n’y a pas quinze mille sens possibles… Est-ce qu’elle a eu un accident de voiture qui n’a tué que son enfant ? Est-ce qu’elle a failli à son rôle de mère en étant dangereuse ? Non, ce n’est pas son genre. Alors quoi ? Comment elle a pu tuer un enfant ? Je sais bien que certaines mères sont cinglées et pètent des câbles en assassinant leur famille, mais ces dingues finissent en prison. Ce n’est pas le cas d’Olivia, elle me semble tout à fait saine d’esprit. Je mettais fin à mes divagations pour l’écouter raconter la suite. Elle affirma qu’elle s’était retrouvée toute seule et qu’elle avait dû gérer l’annonce de l’annulation du mariage auprès de tout le monde. Elle raconta qu’elle avait fini seule à devoir tout gérer avec un bébé qui grandissait dans son ventre. Qu’elle aurait pu aller au bout toute seule. Mais elle a finalement tout stoppé, rendant l’appartement pour prendre une chambre dans un sale quartier, vendant toutes leurs affaires, coupant les ponts avec tout le monde et … ? Elle a fait enlever ce qui grandissait en elle ? Quoi, elle a avorté ? Oui, c’est ce qu’elle confirma lorsqu’elle avoua qu’elle avait tué son bébé. C’est tout ? Elle est aussi mal parce qu’elle a coupé un haricot ? Un embryon à peine formé ? C’est ça qu’elle appelle tuer un enfant… ? C’est ça qui la ronge ? Oh. Bon d’accord. Je vois que ça la met dans un état pas possible. Mais de là à dire qu’elle est un monstre, il ne faut pas exagérer.

Le fait d’avoir avoué ce qui la rongeait et le fait qu’elle avait potentiellement tué un futur bébé la mit dans tous ses états. Elle posa ses mains devant sa bouche comme si elle venait d’avouer le pire crime du monde. Certains vont en prison pour pire que ça. Elle se recroquevilla encore plus, plantant son visage contre son oreiller. Je ne savais pas trop comment réagir. Un avortement, ce n’est pas un drame. C’est comme écraser un insecte dans la rue non ? Certes l’asticot deviendra un enfant, mais ça ne l’était pas encore ? Je n’arrive pas trop à comprendre comment ça peut la blesser autant, des tas de femmes avortent jour après jour. Bon après, je ne suis pas à sa place et je n’aime pas les enfants. Alors ça n’aide pas. Je la regardais sans vraiment réagir, cherchant mes mots. Je ne pouvais pas être trop direct, pas dans son état, elle ne le supporterait pas. Je ne pouvais pas non plus lui dire le fond de ma pensée, elle n’apprécierait pas. Alors que dire ? « Olivia. » Oui, mais encore ? C’est délicat comme situation. Réfléchis. « Tu n’étais pas dans une situation facile… » Non, chut. Je crois que dans ce genre de situation, les mots ne sont pas les plus appropriés. Elle pourrait prendre de travers tout ce que je lui pourrais lui dire. Elle a les nerfs à fleur de peau et elle pourrait tout mal interpréter. Peut-être que me montrer là pour elle est la meilleure chose à faire ? « Livia, viens mon cœur. » Je posais délicatement une main sur son épaule et me tournais dans son sens pour qu’elle puisse venir dans mes bras si elle le souhaitait. Je ne l’appelais jamais par son surnom. Il appartenait à sa famille et aux gens proches d’elle. Pourtant, en cet instant précis, j’avais ressenti la nécessité de l’utiliser. La voir dans cet état me faisait énormément de peine, elle me fendait le cœur et la voir aussi malheureuse me brisait également. Je n’avais jamais ressenti d’empathie à l’égard de qui que ce soit, et pourtant. Je ne supportais pas de la voir dans un état pareil. Et je supposais, malgré le fait qu’elle n’ait pas confiance en moi et qu’elle me voyait toujours comme son patron, que mes bras pouvaient être le meilleur réconfort dont elle avait besoin. Dans certaines situation, les mots étaient inutiles.

crackle bones
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Ven 22 Avr - 16:22

I'M SO AFRAID
Je n'aurais jamais pensé qu'un jour je raconterais ça à Owen O'Ceallaigh. Le sujet était tabou depuis toujours dans ma vie, même avec ma famille, il l'était. Personne n'en parlait jamais. Personne ne le sous-entendait jamais. Évoquer même cette part de mon passé conduisait au silence et à la séparation de tous pour un petit temps avant qu'on ne revienne les uns vers les autres pour parler de complètement autre chose. Personne n'évoquait jamais ce qui pour certain était un drame, pour d'autre un véritable homicide. Voilà pourquoi nous n'en parlions pas, principalement. Et moi, de toutes les personnes à qui je pouvais me confier, je le révélais aujourd'hui à mon patron et mon faux mari. A cet homme même qui avait pris dans ma vie une place que je ne savais définir, que je ne voulais définir. Cet homme-là qui n'avait pas de rôle dans ma vie, sinon une place importante sans nom...

Les jours qui avaient suivi mon acte avait été affreux, entre la nécessité d'oublier et le besoin de faire comme si. Le médecin qui me l'avait enlevé avait longuement parlé avec moi avant, compris pourquoi j'en avais besoin, puis tout aussi longuement après, désireux de m'aider. M'aider à aller mieux, disait-il. J'étais douée pour prétendre que ça allait, que l'enlever avait été une libération, que cela avait suffi à me remettre les idées en place. Septique malgré tout, il m'avait laissé le numéro d'un psychologue, un spécialiste, m'assurant qu'il n'y avait pas de mal à parler à quelqu'un. Que mon acte ne faisait pas de moi une mauvaise personne, au même titre que consulter ne ferait pas de moi une personne malade. Enfin, en substance, les mots avaient voulu dire quelque-chose comme ça...

Mais je n'avais jamais appelé, ni jamais consulté personne. J'avais mis de maquillage, affiché mon plus beau sourire dans mon tailleur le plus professionnel et j'avais commencé à travailler jour et nuit pour obtenir la promotion que je voulais, pour grandir dans l'entreprise, pour me payer mieux qu'un studio minable dans un quartier minable, pour m'offrir mieux qu'une vie de galère... pour ne pas penser à autre chose qu'au travail. J'étais devenue le robot sans âme, professionnelle parfaite, pour laisser ma vie derrière moi, pour oublier ce qu'il en coûtait d'avoir un cœur et une naïveté de fleur bleue romantique.

Il ramenait trop de choses dans ma vie. Cet homme, avec ces airs de connard et sa beauté d'âme cachée avait déjà tout chamboulé dans ma vie, dans ma famille et il me mettait désormais face à ça, face à tout ce que j'avais caché au fond de moi. Je devais fuir, disparaître, laisser repartir Livia et redevenir cette mademoiselle Penrose qu'il avait gardé comme assistante. Je devais redevenir ce robot sans âme qui avait fait ma force et m'avait permis de tenir toutes ses années. Je devais redevenir ce "moi" que je m'étais construite pour ne plus souffrir. J'en avais tellement besoin. Pourtant, lorsqu'il souffla mon prénom, je me figeais, incapable de fuir, pas plus de le regarder pour autant. Il m'appelait, oui et alors ? La douceur dans sa voix était suffisante pour que je m'inquiète d'y voir la pitié. Il n'y avait peut-être pas de dégoût, mais quand il assimilerait, que se passerait-il ? Le dégoût et la pitié n'étaient-ils pas intimement liés, surtout chez les êtres comme lui ?

Il assura alors que je n'étais pas dans une situation facile. J'eus un petit gémissement dépité. Pas facile, hein ? Et alors. La vie n'avait rien de facile. Les connards et les requins gouvernaient le monde. Rien n'était jamais facile et être une femme blonde plutôt attirante n'avait jamais aidé à y faire son trou, sauf si on était prête à écarter les cuisses à la moindre occasion. Je le savais. Je l'avais vite compris. Vivre dans un univers d'avocat n'aidait pas vraiment à se faire d'illusions là-dessus. La vie n'avait rien de facile. Cela n'excusait en rien mon geste et ne le rendait pas moins horrible. Juste plus désespéré, peut-être. Pathétique.

Owen ne souffla rien de plus pendant un moment, me laissant là, figée, incapable de bouger. Peut-être réfléchissait-il, peut-être était-il en train de chercher comment me dire de partir, de ne plus revenir... Pourtant non. Après ce temps de silence, il souffla juste mon surnom, avec la même douceur et la même émotion indescriptible qu'il y avait mis la seule et unique fois où il m'avait appelé Livia avant cela. C'était à l'hôpital, quand il était tellement assommé par les médicaments qu'il disait n'importe quoi. Quand il était si ailleurs qu'il avait réclamé ma présence contre lui et l'avait savouré autant que moi, heureuse qu'il soit toujours en vie et dans un état pas aussi grave que je ne le pensais. Et avec la même douceur et le même sentiment indescriptible dans la voix, il me demanda de venir, agrémentant sa demande d'un « mon cœur » qui fit manquer un battement à mon cœur.

Se moquait-il de moi ? Après tout ça, après tous ces aveux, se moquait-il de moi pour mieux me faire souffrir ? Était-il seulement sincère ? Pour en avoir le cœur net, je savais que je devais me retourner, mais je n'y arrivais pas, les yeux clos et les larmes coulantes, je ne pouvais lui faire face. Pourtant, il posa une main délicate sur mon épaule, me forçant sans aucune pression à me tourner vers lui, m'intimant juste par sa main délicate à lui faire face, à le regarder pour de vraie. J'ancrais alors mon regard dans le sien, craignant le pire, mais sachant que pour fuir, je le devais, si jamais je devrais réellement fuir. Sauf que son regard m'arracha un nouveau battement erratique. La sincérité me frappa de plein fouet, la peine aussi. Pas de la pitié, pas de haine, juste de la peine. Une peine immense et pleine d'impuissance, comme celle d'un homme qui ne sait quoi faire ou quoi dire pour soigner un cœur blessé. La peine de me voir ainsi était lisible dans ses yeux, tant et si bien que je ne pus fuir, ni même rester inerte face à lui.

Alors lentement, je me glissais dans ses bras, contre lui, une main sur son flanc, l'autre dans son cou, mon visage enfouit contre sa peau, alors que je fermais les yeux, à nouveau, les larmes brûlant mes yeux pour être libérées et couler encore et encore. J'étais en train de ruiner son haut, l'imbibant d'un liquide salé intarissable. A force de pleurer, de vider mes sacs de souvenirs et d'émotions, je tremblais comme une feuille contre lui, mordant ma lèvre.

Je n'avais pas envie de bouger, pas envie de briser le moment. Ses bras pleins de réconforts, sa respiration induisant le calme. J'aurais presque pu m'endormir là, épuisée, mais protégée. Oui, protégée. J'avais l'impression que rien ne pourrait m'arriver tant que je resterais dans ses bras et c'était là une chose étrange et frustrante, parce que ça n'était pas censé se passer comme ça. Il n'était pas censé être calme et rassurant pour moi. Il n'était pas censé être apaisant...
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